Et une! Et deux chroniques!...
Pour celles et ceux qui voudraient lire mes deux chroniques parues dans ma rubrique Lu pour vous du Dauphiné Libéré dimanche 10 et lundi 11 novembre, voici
"L'Etranger de Saint-Cernin" de Sylvie Anne (Presses de la Cité. Collection Terres de France)
Juillet 1930. Alors qu’il veille à la propreté des rues de Saint-Cernin, petit village de Corrèze, le cantonnier Jean Taulade voit arriver un homme, inconnu, baluchon sur le dos, qui lui demande où il peut trouver à se loger rapidement. Envoyé à l’unique café du village, la propriétaire du lieu, Léonie, s’empresse d’autant plus vite de le renseigner qu’il consomme et paie généreusement sa boisson. Mère de Jeanne, 24 ans institutrice, et de Flora, 21 ans rêveuse et beaucoup moins douée pour les études que sa sœur, Léonie impose le respect aux villageois par la force de caractère dont elle a su faire preuve pour élever ses filles, seule, tout en tenant ce café. Hélas ! Si, de prime abord, tous les villageois semblent accueillir le nouveau venu, Lucien Vitrolles, d’un bon œil, la situation va très vite évoluer lorsque Vitrolles décide d’ouvrir à son tour un café restaurant à Saint-Cernin arguant qu’il y a bien de la place pour deux. Scindés en deux groupes, d’un côté les amis de Vitrolles, et de l’autre, ceux qui restent fidèles à Léonie, les villageois vont encore davantage se regarder en chiens de faïence lorsque Flora, fille cadette de Léonie, va se faire embaucher chez Lucien Vitrolles et son épouse, et encore plus le soir où un incendie ravage le nouveau café restaurant de Saint-Cernin. Incendie criminel ou pas mais incendie quand même, Vitrolles décide cependant de rester dans ce village pittoresque et d’y reconstruire son établissement. Au grand dam de Léonie et de ses partisans bien sûr…
Quel plaisir de retrouver la prose enthousiaste de Sylvie Anne avec cet « Etranger de Saint-Cernin » paru aux éditions des Presses de la Cité dans la collection des Terres de France. Avec tact et un talent inné pour nous conter de belles histoires, Sylvie Anne nous plonge dans cette France de l’entre-deux-guerres. On n’a pas oublié le premier conflit mondial et ses terribles tranchées et on ne pense pas pour autant à la possibilité de la deuxième guerre qui bouleversera le XXe siècle. Saint-Cernin, c’est la France tout à la fois paysanne et en quête d’une première urbanisation. Les villageois y vivent avec leurs certitudes et leur bon sens même s’ils ne sont pas toujours de bon aloi. Le progrès et ses bouleversements peinent à s’introduire dans ces vies plutôt rustiques. On voudrait bien en bénéficier mais on en a peur. Et ceux qui osent s’en préoccuper ou même s’en servir sont montrés du doigt. Par jalousie, orgueil ou simplement par ignorance. L’obstination dont a fait preuve Léonie pour élever ses deux filles seule suite à son veuvage suscite peu ou prou le respect de ses concitoyens. Mais seulement dans certaines limites. Lorsqu’elle essaie de se rebeller face à la concurrence, qu’elle juge déloyale, de Vitrolles, l’univers qu’elle s’est créé vacille. C’est tout ceci, cette atmosphère, cette analyse des caractères, cette époque, et bien plus encore que Sylvie Anne nous offre avec cette émouvante histoire de « L’étranger de Saint-Cernin ». Histoire dont le mot de la fin révélera bien des surprises ! Mais chut…
"Les Dames du chemin" de Maryline Martin (éditions Glyphe)
Alors que nous nous apprêtons à commémorer le 100e anniversaire du début du premier conflit mondial de 1914-1918, et en cette période de souvenir de l’Armistice du 11 novembre, comment ne pas parler de ces « Dames du Chemin » signées par Maryline Martin pour le compte des éditions Glyphe ?
« Les Dames du Chemin », allusion directe au Chemin des Dames tristement rendu célèbre par les terribles combats de 1917, c’est un petit recueil de douze nouvelles que l’auteur a souhaité écrire en hommage à son grand-oncle tué justement lors de ces combats ô combien meurtriers. Si, à la base, Maryline Martin a voulu seulement écrire sur ce grand-oncle et garder ainsi intact son souvenir dans son histoire familiale, ses recherches multiples, diverses et variées l’ont conduite peu à peu à se pencher sur d’autres histoires de soldats, les fameux Poilus de 14, et en même temps sur l’histoire de celles (et ceux) qui n’ont pas combattu au Front mais dont la participation involontaire à cette première guerre mondiale n’en a pas moins été présente et active sur les lignes arrières. Les faisant entrer d’un coup, d’un seul, dans la Grande Histoire.
En douze nouvelles, douze textes plus ou moins longs de quelques pages, Maryline Martin nous compte douze histoires différentes mais toujours avec la même sensibilité à fleur de peau. Pas de pathos dans ces textes, seulement de l’humain et une immense empathie envers ces personnes, plongées bien malgré elles au cœur de l’Histoire.
Qu’elle nous parle de la vie quotidienne des Poilus dans les tranchées avec des détails au réalisme impressionnant ou nous offre une superbe leçon d’espoir avec le retour, quand même et fort heureusement, de ceux qui ont pu en réchapper. Les larmes nous montent alors aux yeux sans qu’on y prenne garde, simplement parce qu’une petite Victoire a l’heureuse idée de naître un 11 novembre 1918, faisant ainsi le bonheur de ses parents, Victorine et Victor, tout juste rentré du Front. Ce texte, le douzième nous montre sans excès, sans fausse pudeur, combien la vie peut être belle !
Malheureusement tout ne se termine pas aussi bien. La mémoire de ceux qui ont laissé leur vie au cours de ces quatre années de guerre est là pour nous le rappeler. Maryline Martin y veille. Ferdinand, passé en Conseil de guerre pour avoir refusé de monter en ligne. Paul, parti comme tant d’autres la « fleur au fusil ». Auguste, fort surpris de découvrir, lors d’une permission, que la vie continue loin des horreurs qui hantent son quotidien de soldat. Et puis aussi cette petite fille qui écrit inlassablement à son père parti au Front. Autant de portraits qui nous font toucher du doigt l’horreur, la détresse, l’incompréhension et l’espoir.
De la belle écriture que ces « Dames du Chemin » de Maryline Martin.
