Rencontre avec Jeanne Benameur
Je vous l'avais annoncé ici, cette après-midi, j'ai eu l'immense privilège de rencontrer et écouter Jeanne Benameur, invitée à la bibliothèque de Fontbarlettes de Valence, qui fête cette année ses trente ans d'existence.
Codirectrice des collections "Photoroman" aux éditions Thierry Magnier et "D'une seule voix" chez Actes Sud Théâtre, Jeanne Benameur est l'auteur de nombreux romans pour la jeunesse et en littérature générale dont le fameux "Laver les ombres" que j'ai eu le plaisir de chroniquer pour Culturofil et qu'elle m'a bien aimablement dédicacé.
Jeanne Benameur aime rencontrer les gens, ses lecteurs... "lorsqu'un livre est
terminé et publié, dit-elle. Lorsque j'écris, je ne le peux pas. J'ai besoin de faire corps avec mes personnages, de les "habiter" pour connaître leurs réactions et vivre leurs ressentis.
Pour moi, l'écriture est corporelle."
Pour écrire, celle, pour qui la psychanalyse a joué un rôle important, doit d'abord être profondément émue "et que l'empreinte de cette émotion soit durable dans le temps." Ensuite
apparaît la vision intérieure qu'elle se fait de cette émotion. "Quand l'émotion n'arrive pas à s'exprimer sous une forme ou sous une autre, alors, elle se trouve dans l'écriture."
Ce scénario "émotion-imaginaire-réflexion", Jeanne Benameur l'applique pour chaque livre. "Dans chaque texte, il y a toujours une question de liberté, estime-t-elle. Et la liberté passe forcément
par le corps! Ecrire m'ouvre des espaces nouveaux, que je ne connaîs pas et qui me font prêter attention à tout ce qui m'entoure, à porter un regard neuf sur des univers que je n'aurais
certainement pas connus autrement. Comme celui de la danse, présent dans "Laver les ombres", qui est, pour moi, l'univers de création le plus ascétique qui soit."
Vous dire que j'ai apprécié cette rencontre serait un euphémisme. J'ai écouté avec avidité tout ce que l'auteur nous a expliqué sur sa démarche littéraire: le fait que, pour elle, la psychanalise
et la poésie soient intimement liées, son rapport aux mots qui "irradient" ou la font "vibrer", son besoin d'imaginaire qui se passe du langage "à notre époque, on parle beaucoup trop,
constate-t-elle. On vit sous une abondance de sons qui nous font oublier l'essentiel. Il faut donner à notre imaginaire de quoi se nourrir mais pas le gaver."
Cette rencontre de près de deux heures nous a aussi permis de découvrir le travail qu'ont réalisé des lycéens en classe de seconde à partir de son roman "Les reliques" en étude de texte
et d'un roman au choix parmi sa bibliographie.
Un beau moment comme on aimerait en vivre plus souvent!...