Ce matin-là

Publié le par Martine

Ce matin-là

Sans attendre, poser quelques mots sur ceux que Gaëlle Josse vient de nous murmurer à l'oreille "ce matin-là". Ce matin-là où la voiture de Clara refuse de démarrer et où, d'un coup, tout semble impossible à réaliser pour la jeune femme, responsable du service de prêts au sein d'une grande agence bancaire. Sortir de sa voiture, prendre les transports en commun, s'assoir derrière son bureau, accueillir ses premiers clients, gérer son équipe et leurs résultats, traiter ses dossiers, assister à une énième réunion, tout ceci parait d'un coup insurmontable à Clara. Son seul besoin immédiat, se cacher sous sa couette à l'abri de son lit et de son petit appartement. Se faire oublier à défaut d'oublier.

Burn out, une locution anglaise pour traduire ce mal qui vous tombe dessus, sans crier gare, sans prévenir. Cette envie de disparaitre, de n'être plus rien, cette fuite en avant, cette dépression qui vous ronge et qui désarme même vos plus proches. Ce silence, cette inertie que vous opposez à leurs "arrêtes de t'écouter", "bouge-toi" et autres encouragements ou cris d'alertes qui ne vous atteignent plus. Parce que c'est trop tard. Le mal est là et personne, à part vous, ne peut en connaître les effets.

Bien sûr il existe des traitements, des soins, comme pour toute maladie. Encore faut-il accepter de les prendre ou de les suivre quand plus aucune force, ni désir, ni envie ne vous appelle, que la seule option qui se présente est l'oubli, la transparence. C'est la réaction de Clara face à cette dépression. Celle que ne comprennent pas ses proches, à commencer par Thomas, celui qu'elle a envisagé d'épouser et qui maintenant souhaite prendre du recul dans leur relation.

Alors, laisser passer les jours, les semaines, les mois. Penser à ce qui faisait sa joie, sa raison d'être, de vivre avant ce travail qui ne lui correspond pas, avant ce trop plein qui l'a submergée, engloutie et dont elle peine à s'extraire. Savoir que, quelque part, il y a l'amie de toujours, celle qui la connait mieux que personne pour tous les secrets et les rêves partagés à l'adolescence. Comprendre aussi que, quelque part encore, se trouve l'oreille prête à l'écouter. Et puis porter attention à elle, retrouver ce qui la motivait et cette envie de vivre.

C'est tout ceci et tellement plus que nous offre Gaëlle Josse, d'une écriture fine, ciselée, brillante. Des mots qu'on ne pensait pas entendre un jour. Un récit magnifié dans sa terrible banalité. Une main sur notre épaule, comme le veut l'auteure elle-même. Apaisante, douce, amicale. Et forte. Si forte.

Editions Noir sur blanc. Collection Notabilia

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Je l'ai déjà noté et comme j'aime bien l'auteur, forcément je le lirai. Merci pour ton article et ton ressenti
Répondre
M
Toujours avec plaisir, tu sais bien. Et celui-ci, davantage encore, parce que...
Z
Une autrice que j'apprécie particulièrement. Celui-ci est d'une grande finesse et tout est dit
Répondre
M
Exactement. Un bonheur à lire renouvelé
P
Une auteure que je ne connais que de nom...
Répondre
M
Une auteure que tu dois lire alors :-)
B
Une de mes prochaines lectures, il est dans ma PAL, il fait partie de la sélection du Prix Passion Passerelles de la Librairie de Vienne.
Ta chronique est excellente. Déjà avant la sélection pour le PPP, j'avais envie de le lire. C'est pour bientôt de toute façon.
Je te souhaite une agréable semaine Martine.
Gros bisous.
Bernadette.
Répondre
M
Je lirai avec plaisir ta chronique, chère Bernadette. Hâte de savoir ce que tu en diras. Bonne lecture par avance et gros bisous