Tous, sauf moi

Publié le par Martine

Tous, sauf moi

L'été dernier, lors de nos vacances en Italie, j'ai vu ce roman de Francesca Melandri "Sangue Giusto" et la lecture de son résumé m'avait beaucoup intéressée. Mais son nombre de pages conséquent (plus de 500!) m'avait un peu rebutée et je m'étais dit alors que je le lirai plus volontiers s'il était publié en français. Chose faite pour notre Mois italien après avoir lu les premiers avis enthousiastes de celles et ceux qui ont eu la chance de rencontrer l'auteur lors de la parution chez Gallimard de sa traduction française "Tous, sauf moi" fin mars dernier.

Tout commence à Rome le jour où Ilaria, la quarantaine bohème, trouve devant sa porte un jeune Noir qui se présente sous le nom d'Atilio Profetti, le même que celui du père de la jeune femme qui serait donc aussi, selon ses dires, le grand-père du jeune Ethiopien, également en situation de sans-papiers après avoir fui son pays. Une affirmation sur laquelle Ilaria entend bien faire la vérité même si, à 95 ans passés en cette année 2010, le vieil homme n'est plus vraiment en mesure d'expliquer quoi que ce soit.

Bien en peine vis à vis de ce neveu tombé du ciel, Ilaria entreprend alors une sorte d'enquête sur la vie de son père, séduisant et charmant jeune homme, sûr de lui et de ses atouts évidents dans l'Italie mussolinienne de l'époque avide de conquêtes et de puissance.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que, tout au long de sa vie, cet homme a su saisir les opportunités quand elles se présentaient et se montrer manipulateur lorsque nécessité s'en faisait sentir. Pas vraiment sympathique de prime abord, cet homme est cependant le père d'Ilaria. Un homme en qui elle a toute confiance, qui a été un modèle pour elle, qui a façonné plus ou moins directement sa personnalité et sur le confort et le bien-être de qui, à présent qu'il vit ses dernières années, elle veille avec une certaine affection.

Difficile dans ces conditions de voir en lui l'homme qu'elle découvre enfin, à partir de ce que lui raconte son neveu éthiopien, témoignages que lui-même tient de sa mère et de sa grand-mère, et des recherches qu'elle effectue pour comprendre comment et pourquoi ce jeune homme est en droit de prétendre à son nom et à sa famille.

Par une construction habile, faite d'allers-retours entre passé et présent, Francesca Melandri nous offre ici un magnifique portrait d'homme et nous révèle tout un pan de l'Histoire de l'Italie qu'on ne connait pas ou peu, vraiment pas reluisante, effrayante même par certains aspects, tout en nous donnant à voir la misère et les drames qui font et ont fait le quotidien de ce pays africain qu'est l'Ethiopie.

Cette lecture m'a vraiment impressionnée et captivée. A cause de cette construction particulière justement qui nous fait passer d'une époque à une autre et d'un pays à l'autre au fil des chapitres successifs et en nous laissant sur notre faim bien souvent pour garder notre intérêt intact. Et par toutes ces découvertes, fruits de nombreuses recherches historiques et documentaires réalisées par Francesca Melandri, qui étayent son argument et nous ouvrent les yeux sur ces réalités qu'en bons occidentaux on se refuse à voir.

Bien sûr cette lecture est assez lourde et oppressante, je ne vais pas dire le contraire. Le portrait de cet homme qui se dévoile devant nous nous interpelle et nous bouscule forcément, en plus de nous interroger sur ce qu'on sait finalement sur la vie de nos parents avant notre venue au monde. Pourquoi tels comportements? Pourquoi telles façons de faire? Qu'est-ce qui nous pousse à devenir et à réagir plutôt comme ceci et pas comme cela? Pour Atilio Profetti (comme pour chacun de nous me semble-t-il), la clé de sa personnalité se trouve dans son enfance vécue sous la montée du fascisme. Ce n'est pas une excuse évidemment mais c'est la seule explication que nous donne Francesca Melandri et on ne peut que la prendre en considération.

Tous, sauf moi
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D
ayant lu avec bonheur ses deux premiers romans celui ci s'imposait et comme vous le dites c'est impressionnant et captivant, j'ai découvert cette histoire très peu connue avec l'Ethiopie et cela remet en avant toute l'historie du colonialisme européen
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M
Complètement d'accord avec vous. Une lecture qui m'interroge beaucoup depuis... Merci Dominique
L
Il a l'air très fort, ce roman. Je note.
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M
Oui, il l'est. Mais il est aussi essentiel!
S
Je l'ai croisé mais... le temps me manque.
Par contre, je vais peut-être réussir à envoyer une participation pour le mois italien.
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M
Super! Merci Sharon! J'espère que tu trouveras le temps pour lire ce roman!
K
Noté, bien sûr, je suivrais Francesca Melandri les yeux fermés tant j'ai aimé ses romans précédents ! (enfin, façon de dire)
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M
C'est une excellente écrivain, en effet. Je pense aussi qu'on peut la lire en toute confiance! Merci Kathel
M
Un roman qui m'intéresse beaucoup. Je le note mais comme la médiathèque que je fréquente ferme jusqu'en octobre, je le lirai plus tard. merci pour ton ressenti
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M
Une lecture éprouvante mais nécessaire, je pense. C'est bien que tu le lises aussi. Merci Manou