Le livre que je ne voulais pas écrire

Publié le par Martine

Le livre que je ne voulais pas écrire

Quatrième lecture faite pour le 6e Prix littéraire de notre médiathèque La Passerelle et celle-ci, Dieu sait si je n'avais pas envie de la faire! Parce que cet ouvrage a été beaucoup chroniqué sur la blogosphère littéraire, parce qu'il a été également bien présenté dans les revues littéraires et parce que plus le temps passait, plus je m'étais mis dans la tête que je ne le lirais pas. Tout simplement. Pour ne pas prendre le risque de passer à côté de quelque chose, d'une émotion, d'un sentiment, d'un texte que je n'aurais pas su apprécier à sa juste mesure. La peur d'aller à contre-courant, quoi!

Et puis il y a eu ce samedi 13 janvier et la présentation des six romans en lice pour notre Prix littéraire 2018. Et moi qui me fais une gageure de lire tous les romans mis en compétition pour ce prix, j'ai eu peur. Je me suis dit que cela n'allait pas être possible, que je ne pourrais pas lire cet Objet Littéraire Non Identifié ainsi que nous l'ont présenté nos bibliothécaires et tel que le présente lui-même l'auteur, Erwan Larher. Alors j'ai laissé passer les jours, les semaines, me disant que j'avais jusqu'à mai pour le lire et que, pour ce Prix, je lirai les autres romans sélectionnés en premier. Et puis, il y a dix jours, un mail m'informe que "Le livre que je ne voulais pas écrire" m'attendait à la médiathèque de Romans. Et là, j'ai bien dû me résoudre à aller le chercher sachant pertinemment que les six romans du Prix sont appelés à être lus par le plus grand nombre de lecteurs et qu'ils doivent circuler rapidement au sein du réseau.

Je me suis donc retrouvée un peu face au mur, face à ce roman que je voulais pas lire, face à cet auteur qui ne voulait pas l'écrire. Alors bien sûr j'aurais pu faire semblant, l'emprunter et le rapporter quelques jours plus tard en faisant croire que je l'avais lu et que je me rangeais à l'opinion générale. Mais je ne suis pas comme ça. J'aime, j'ai besoin de lire un roman, un texte pour pouvoir en parler. Et puis, j'avoue, finalement, la curiosité était là aussi, et plus forte que l'appréhension. Alors je l'ai lu cette semaine ce texte, cet Objet Littéraire qu'Erwan Larher ne voulait pas écrire, qu'il a écrit et publié chez Quidam éditeur.

Les bottes, les santiags illustrant la couverture nous l'indiquent. Erwan Larher est un rocker. La musique, le rock, le hard rock, le métal sont partie intégrante de sa vie. Et il était présent au Bataclan lors de ce tristement fameux concert du 13 novembre 2015. Et il a été blessé. Rien de bien méchant physiquement. Mais tellement plus en dedans. Son premier réflexe a été d'enfouir ses émotions, tout ce qu'il avait vécu et ressenti ce soir-là. Mais Erwan est aussi écrivain. Il a déjà publié plusieurs romans. Et ce qu'il ne pouvait pas ou ne voulait pas dire en paroles, tous ces mots qu'il ne pouvait pas prononcer, qu'il retenait enfoui au plus profond de lui, ses amis, sa famille l'ont fortement incité à les poser sur le papier, à les écrire, à raconter "son" Bataclan et tout ce qu'il y a éprouvé ce soir-là et après. Et ils ont rudement bien fait !

Car, bien loin d'écrire un texte larmoyant et/ou pleurnichard, Erwan Larher nous livre un texte pudique, sincère, en appelle à nos émotions sans les solliciter et du coup nous émeut au-delà de ce qu'on voudrait se laisser faire. Et effectivement je n'ai pas de mot pour identifier cet ouvrage qui n'est pas vraiment un roman, pas vraiment un témoignage. Et qui pourtant possède une force et une puissance, un réalisme tel, une franchise, une authenticité qui n'en peut plus de nous toucher, de nous questionner, de nous parler.

Quand j'ai refermé ce livre, le mot qui m'est venu à l'esprit, c'est "confession". Non pas une confession au sens religieux du terme. Mais au sens où l'auteur se confie, comme il se confierait à des amis chers, des amis qui interviennent également dans le récit, des amis écrivains, comme lui, qui ont tremblé pour lui et avec lui cette nuit-là et qu'il a sollicité pour qu'eux aussi puissent s'exprimer et raconter leur nuit du 13 novembre 2015 et les jours qui ont suivi. 

Et de fait, maintenant que j'écris ces quelques mots, ce qui me vient à l'esprit pour parler de ce livre, c'est que c'est un livre qui se livre, un livre où l'auteur se livre, avec la pudeur d'un homme, sa sensibilité d'artiste, de musicien, de rocker, d'écrivain. 

Je ne suis pas sûre de voter pour cet ouvrage en mai prochain. Mais ce dont je suis certaine, c'est que j'aurais vraiment eu tort de ne pas le lire!

 

Le livre que je ne voulais pas écrire
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Commenter cet article

manou 18/02/2018 16:21

Un livre intéressant en effet et ce n'est pas pour rien qu'il est dans la sélection même si ce n'est pas un coup de coeur et que tu ne voteras pas pour lui. Merci pour ta chronique.

Martine 19/02/2018 10:17

Non, non, Manou, je n'ai pas dit que je ne voterai pas pour lui, seulement que je n'en suis pas sûre! Merci et bonne semaine!

Manika 18/02/2018 15:27

J'en frissonne à te lire. Je l'ai lu aussi un livre au delà de l'émotion très fort et comme tu le dis inclassable. bon dimanche

Martine 19/02/2018 10:16

Merci Manika! Très bonne semaine à toi!