Gracier la bête
Terrifiant et terrible. Ce sont les deux adjectifs qui me viennent à l'esprit au moment de vous parler de ce roman de Gabrielle Massat "Prix Polar 2025" paru au Masque.
"Gracier la bête", le titre à lui seul est déjà très évocateur. Mais quelle bête veut-on gracier là? Le système d'accueil et d'hébergement de l'Aide Sociale à l'Enfance? Le trafic de drogue que tout le monde semble tolérer en faisant mine de ne rien savoir? Ou bien encore Till, l'éducateur accablé par sa charge de travail énorme qui n'a eu d'autre recours que d'utiliser une violence trop longtemps contenue et qui lui a valu une mise à pied immédiate?
Peut-être un peu tout ça à la fois.
Ce qui est sûr, c'est que cette lecture heurte, blesse et soulève bien des interrogations. Ce qui en soi peut s'avérer bénéfique si on prend la peine d'en assumer la réflexion.
Parce qu'une fois de plus Audrey, 14 ans, n'a pas respecté les horaires de sortie de la villa des Prunelliers, foyer d'accueil d'urgence de l'ASE (aide sociale à l'enfance), parce que ce jour-là encore Till, éducateur, se retrouve seul à gérer la nuit au foyer après sa déjà longue journée de travail, c'est l'engrenage, la situation de trop, la violence qui déborde. Et, en attendant de connaître ce que son avenir professionnel lui réserve, Till se rend chaque jour à l'hôpital où Audrey a été plongée dans un coma artificiel.
Rempli de remords, de regrets et de crainte que cette violence en lui ne soit qu'un écho de sa propre jeunesse, Till va alors reprendre un à un tous les éléments de cette fameuse journée et essayer de répondre à la seule demande importante pour Audrey. Demande que lui comme tous les autres ont négligé, rejeté. Remettre en présence Audrey et sa mère, malgré le fait que cette dernière soit considérée comme morte.
Commence alors une enquête trouble, sinueuse qui nous ouvre les portes d'un univers perturbant, d'une grande noirceur et, quelque part, d'une émouvante générosité.
Avec ce roman, Gabrielle Massat lance un cri d'alarme sur la situation de tous ces enfants, ces jeunes, que la vie trimballe de foyer en foyer et sur leur devenir.
Très édifiant.
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