La ville parfaite

Publié le par Martine

La città perfetta

La città perfetta

Deuxième nouvelle du recueil "Una giornata in giallo" (une journée en jaune) paru chez Sellerio, celle-ci est signée Gaetano Savatteri et m'a remis en présence du journaliste chômeur et écrivain, Saverio Lamanna, pour mon plus grand plaisir de lectrice.

En ce mois de mai printanier annonciateur des chaudes journées estivales à venir, Saverio Lamanna se rend à Gibellina (Sicile) en compagnie de sa (presque) fiancée Suleima et de son voisin et ami complice, Peppe Piccionello. Là il doit animer une rencontre journalo-historique à l'occasion des festivités organisées pour la commémoration du tremblement de terre survenu 50 ans plus tôt en 1968.

Accueillis avec grand honneur par les autorités de la commune, élus et carabiniers, Saverio déchante assez vite quand il se rend compte que la rencontre qu'il anime ne sert qu'à faire valoir l'historien local qui n'en finit plus de parler et parler encore. Jusqu'à ce qu'il soit finalement interrompu par un homme âgé qui a vécu ce tremblement de terre ravageur et qui, contrairement à nombre de survivants, est resté à Gibellina, vivant pendant de longues années dans les abris de fortune aménagés en urgence avant d'être relogé dans la ville neuve reconstruite à proximité. Bien sûr son témoignage diffère beaucoup de celui de l'historien et il est très vite contraint à quitter la salle mais son intervention a le mérite de mettre fin au monologue soporifique de l'intervenant.

Invités ensuite chez un vieil ami de Piccionello, resté lui aussi à Gibellina dans les mêmes conditions que le perturbateur, Saverio comprend davantage la souffrance endurée par ces gens, confrontés à la perte brutale de leurs proches et à la quasi indifférence de l'état avant de devoir s'habituer à vivre dans une ville en construction en ayant toujours sous les yeux le "cimetière" de leurs anciennes demeures.

Et il se met bientôt complètement à leur place quand, au cours de la visite du musée consacré au tremblement de terre de Gibellina programmée après le repas, la disparition du drapeau aux insignes de la ville vieille est constatée en même temps que celle d'un résident belge venu enterrer son père sur ses terres d'origines est signalée par sa femme et son fils.

Ces deux disparitions simultanées sont-elles liées ou bien s'agit-il de deux faits totalement indépendants l'un de l'autre mais ayant eu le malheur de survenir au même moment? A l'insu des carabiniers, c'est ce que Saverio, Suleima et Peppe vont devoir découvrir au terme de cette longue journée riche de rebondissements.

Outre les réparties pleines d'humour et de complicité entre les trois principaux protagonistes qui émaillent ce récit, ce que j'ai particulièrement apprécié dans cette nouvelle c'est tout ce pan historique que l'écrivain Gaetano Savatteri nous révèle sur ce tragique tremblement de terre survenu à Gibellina en mai 68 et ses conséquences désastreuses pour les survivants. Nombre d'entre eux ont émigré en Belgique ou en Allemagne ne supportant pas de vivre dans les baraquements de taule ondulée où ils étaient confinés, tandis que ceux qui n'en avaient pas les moyens restaient et survivaient dans ces conditions terribles sous une indifférence quasi générale. Et cela pendant plusieurs années.

Avec tact et talent, l'auteur nous fait percevoir cette détresse humaine associée au devoir de deuil et de mémoire essentiel à réaliser et au fait de devoir vivre dans un lieu nouveau, où tout est à bâtir et cela en restant sur ses terres, à proximité directe du drame.

C'est une bien belle leçon d'Histoire et d'humanité que nous fait partager Gaetano Savatteri à travers cette nouvelle, excellente bien sûr.

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