A travers la nuit et le vent

Publié le par Martine

A travers la nuit et le vent

Lire deux fois le même roman et continuer à se demander "pourquoi?", c'est ce qui vient de m'arriver avec cette bouleversante saga signée Françoise Bourdon "A travers la nuit et le vent" parue dans la belle collection des Terres de France des Presses de la Cité. La première fois, c'était il y a tout juste un an lorsque l'écrivain me l'a dédicacé à l'occasion de sa venue chez France Loisirs Valence. La seconde, il y a quelques jours à peine... Et la même question revient me hanter, lancinante, sans que j'ai la plus petite trace de réponse à y apporter. Et encore moins au vu de ce qui se passe actuellement dans notre pays.

L'histoire commence en 1920, à Berlin, alors que l'Allemagne vit les conséquences directes de la défaite du Premier Conflit mondial. Deux familles s'y côtoient, les Steiner, de confession juive, et les Ritter. Alors que le bruit des bottes commence à résonner suite à l'arrivée au pouvoir d'Hitler, les grands-parents Steiner décident de trouver refuge en Drôme provençale, à Nyons, avec leur fils Walther, fraîchement divorcé de Ruth, et leur petite-fille, Sarah, laissant dans la capitale allemande, leur fille Philippa et sa famille ainsi que David, fils aîné de Walther qui refuse de partir par amour pour Hannah Ritter.

Mais la situation des Juifs se dégrade si vite que leur fuite s'avère bientôt inéluctable, au grand désarroi des deux jeunes amoureux.

Malgré des difficultés pour s'intégrer dans ce nouveau pays où, à l'apprentissage d'une nouvelle langue, s'ajoute le fait de renoncer à sa position sociale et de s'adapter à une autre façon de vivre et de travailler, la vie dans cette belle région ensoleillée, parfumée à la lavande, parvient presque à être agréable. Mais l'Histoire s'écrit, la Deuxième Guerre mondiale est déclarée, la France est occupée et chacun doit faire avec son propre destin.

Tandis que David et Sarah s'engagent dans la Résistance, Hannah, à Berlin, doit faire face aux assiduités de l'Oberleutnant Rheinhardt, à l'arrestation et à la déportation de son père Peter, au suicide de sa mère Lisa, à la découverte que cette dernière était d'origine juive, et lutter tant qu'elle peut contre le régime nazi, sa profession d'infirmière y étant plus qu'utile.

Quand l'armistice est enfin signé, le bilan est très très lourd. Hannah et David ont-ils encore la possibilité de se construire un avenir commun? 

Voici en quelques mots résumé ce récit dense, poignant, bouleversant qui nous fait traverser 50 ans d'Histoire, de 1920 à 1970, au côté de la famille Steiner et de David et Hannah en particulier. Avec soin et minutie, Françoise Bourdon expose ce que fut la montée du nazisme, la Deuxième Guerre mondiale tant du côté allemand que français, année après année, le prix humain qui a été payé avec son lot de peur, d'arrestations, de courage, d'abnégation, de honte, de tristesse et de larmes. Chaque protagoniste réagissant selon sa personnalité sans que l'écrivain ne nous impose le moindre jugement, le lecteur restant seul face à son émotion et ses ressentis. 

Dire que ce roman est beau peut paraître étrange au vu de tout ce qui s'y vit. Pourtant c'est le seul mot qui me vient à l'esprit encore après cette relecture. Beau par l'écriture de Françoise Bourdon qui a toujours le mot juste, à la place qui lui convient. Beau par l'intensité de ce récit. Beau par les paysages enchanteurs de la Drôme provençale. Beau surtout par le message qu'il nous délivre et qui nous pousse à nous questionner, nous, lecteurs. Pourquoi, connaissant l'Histoire, l'homme n'en retient-il aucune leçon? Pourquoi refaire les mêmes erreurs? Pourquoi nier ce que l'Histoire a malheureusement écrit? Pourquoi?...

A travers la nuit et le vent
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
Bourdin, j'en lis un de temps en temps. J'aime bien, mais à petites doses. Celui-ci me semble très intéressant.
Bon weekend.
Répondre
M
Merci Philippe! Ce roman est réellement bouleversant mais il est écrit par Françoise BourdOn et non Françoise Bourdin. Bon week-end!