Taqawan

Publié le par Martine

Taqawan

Décidément nos bibliothécaires n'en finissent pas de nous surprendre. C'est ce qui s'est passé pour moi avec ce quatrième roman lu pour le Prix littéraire La Passerelle et j'en suis vraiment ravie.

Ce roman d'Eric Plamondon paru chez Quidam éditeur est typiquement le genre de romans que je n'aurais jamais lu en temps normal. Et pour cause!... Alors que je l'ai terminé depuis mercredi, je n'arrive toujours pas à savoir s'il s'agit là d'un roman historique, d'un polar, ou même d'un essai à caractère social. Peut-être ce roman est-il simplement un mélange de tous ces genres, inclassable et en même temps terriblement humain et sincère. C'est un roman qui ne peut que nous toucher par tout ce qu'il nous révèle et toute la réflexion qu'il ne manque pas de susciter en nous.

Ce que je retiens de cette lecture, outre tout ce qu'elle m'a enseigné, c'est cette impression prenante d'un retour à l'essentiel, ce quelque chose qui nous échappe au quotidien et que pourtant on ne devrait jamais perdre de vue.

Ce qui me reste de cette lecture, c'est aussi un magnifique dépaysement, des décors impressionnants qui nous sont évoqués comme une évidence, qu'on pourrait presque penser aller de soi, être "normaux" et par cela même nous interroge sur ce qu'est vraiment cette normalité. Qu'est-ce qui est ou parait normal à certains et en éblouit d'autres? 

Taqawan, c'est le nom que l'on donne au Québec au saumon lorsqu'il remonte la rivière pour retourner à l'endroit où il est né. Pourquoi l'auteur a-t-il choisi d'en titrer son roman et d'en illustrer la couverture du livre? C'est déjà cette première énigme qu'il nous invite à résoudre en commençant notre lecture.

Le 11 juin 1981, la réserve de Restigouche est envahie par 300 policiers de la sûreté du Québec qui s'emparent des filets de pêche des Amérindiens mig'maq. Cela ne va pas de soi. Les Indiens ne se laissent pas faire. Des émeutes éclatent et débouchent sur une période de répression. Au même moment, une jeune fille, Océane,  adolescente rebelle, disparaît. 

Outre le récit de cette lutte pour la survie d'une population plus qu'opprimée, c'est aussi le parcours ô combien bouleversant de cette jeune fille que l'on suit alors. Parcours dans lequel se mêlent les voix du vieil Indien William, du garde-chasse Yves et de l'institutrice native de Bordeaux, Caroline, avec sa perception des événements et de la situation autre.

Les courts chapitres s'assemblent les uns aux autres créant une attente quasi intenable et, en même temps, il y a toute cette injustice qui se développe sous nos yeux impuissants et prend toute la place. On voudrait que... et on ne peut qu'assister.

Je ne sais pas si j'ai vraiment aimé cette lecture. Ce dont je suis sûre par contre, c'est qu'elle m'a rudement interpellée et bouleversée. Et ça, pour moi, c'est gagné!

Taqawan
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J
Je remercie monsieur Éric Plamondon auteur de Taqawan de m'avoir permit de contribuer à ce roman par des dictons et autres textes tirés de mon site Mi'kma'ki http://www.astrosante.com/traduction_nessutmasewul.html

Merci aussi aux autres collaborateurs, Alanis Obomsawin (textes tirés du documentaire « Les événements de Restigouche »), Danielle Cyr et Marie-Bernard Young (pour l'orthographe mi'kmaw), Earle Lockerby (textes tirés de l'article « Ancient Mi'kmaq Customs; A Chaman Revelations» (The Canadian Journal of Native Studies, vol. XXIV, no 2, 2004), René Levesque (extrait de la conférence de presse du 25 juin 1981).
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Z
Je viens de terminer son dernier livre : Oyana que j'ai beaucoup apprécié, alors j'ai retenu celui que tu viens de lire à la bib
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M
Je ne savais pas qu'il en avait écrit d'autres. Merci pour l'info!