Les femmes des terres salées

Publié le par Martine

Les femmes des terres salées

Ouvrir un roman d'Elise Fischer, c'est l'assurance de passer un très bon moment de lecture et celui-ci "Les femmes des terres salées" paru chez Calmann-Lévy dans la collection France de toujours et d'aujourd'hui confirme encore ce ressenti. 

Trois femmes sont les personnages centraux de ce roman foisonnant de quelque 460 pages d'histoire consacrée à la Lorraine mais aussi à notre histoire de France de la fin du Second Empire au début du XXe siècle. Trois femmes et trois parties dédiées pour la première aux deux cousines et amies Henriette et Emilienne, la deuxième à Emilienne et la troisième à Emilie, fille d'Henriette élevée par Emilienne.

Tout commence dans la ferme de Buzémont à Dieuze en 1857. C'est là que ses parents ont placé la jeune Emilienne pour qu'elle leur rapporte un revenu supplémentaire dont elle ne voit pas la couleur. C'est là que l'a laissée Henriette, sa cousine un peu plus âgée, pour aller travailler dans les mines de sel et pour fuir les assauts répétés de Jules Waldmann, le propriétaire fermier pour qui le "droit de cuissage" est une constante réalité. Et c'est là et par lui donc qu'Emilienne se fait violer à maintes reprises avant d'être congédiée par Germaine, épouse de Jules, quand celui-ci disparaît brusquement.

Ayant rejoint Dieuze, et Henriette, pour se faire embaucher à la mine de sel également, Emilienne va très vite devoir se cacher quand la police commence à enquêter sur la disparition de Jules et que Germaine laisse entendre que la jeune fille y serait pour quelque chose. Une situation à laquelle elle n'est certes pas tout à fait étrangère même si elle n'en est aucunement responsable mais qui va gâcher en grande partie sa vie de femme.

Les mois passent ainsi. Henriette désormais mariée à Eugène décède lors de la naissance de leur troisième enfant, une fille, Emilie, qu'Emilienne, après de brèves épousailles avec François, va élever ainsi que ses frères aînés, Constant et Nicolas. Elle qui n'a jamais pu avoir d'enfant se retrouve alors à la tête d'une jolie famille bientôt complétée par l'arrivée de la petite Françoise, fille que François a eu hors mariage et qui est à présent orpheline. 

S'attachant à ce que chaque enfant s'épanouisse dans la voie qu'il s'est choisi, Emilienne a quelque hésitation quand même quand Emilie décide de devenir sculptrice et pose devant des artistes pour financer son apprentissage. Mais la maladie coupe court à ses craintes et c'est seule désormais qu'Emilie doit assumer sa destinée.

Je ne peux ici vous révéler tous les tenants et aboutissants de ce roman fleuve tellement il y en a et j'espère ne pas en avoir trop dit tout en tentant de bien situer chaque personnage. Ce que j'ai apprécié le plus dans cette lecture, c'est toute la partie en lien direct avec l'Histoire. Celle des mines de sel en Lorraine, ces salines dont, pour ma part, je n'avais pas la moindre idée et notre Histoire de France de la fin du Second Empire, le conflit avec Bismarck, la chute de Napoléon III, la guerre contre la Prusse (avant qu'elle ne devienne Allemagne), la commune de Paris, la troisième République de Thiers, et toutes ces tensions politiques, économiques et industrielles qui vont déboucher lentement mais sûrement sur la Première Guerre mondiale.

A cela s'ajoute la connaissance qu'Elise Fischer nous dévoile sur l'Exposition universelle de 1889 et la part active qu'y ont pris les artistes lorrains à l'image du peintre Emile Friant, grand ami d'Emilie. Et bien sûr il y a ces trois histoires de femmes, ces trois destins étroitement liés qui tournent autour de celui d'Emilienne, pivot et point de repère, dont le courage et l'endurance forcent notre respect.

Et le tout est porté par une écriture riche et très agréable à suivre, sans temps mort, qui nous fait traverser et partager ces années de lutte, d'amour, de guerre, de passion et nous instruit grandement. 

Les femmes des terres salées
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Binchy 12/11/2018 21:36

Tout comme toi, j'adore ce genre de lecture.
Je te remercie pour cette excellente chronique Martine et je te souhaite une belle semaine.
Je t'embrasse très fort.
Bernadette.

Martine 13/11/2018 19:43

Oui, je sais, chère Bernadette! C'est un de nos points communs! Merci à toi. Gros bisous et bonne soirée!

Philippe D 12/11/2018 20:59

J'aime bien cette auteure, mais je ne connais pas ce titre. Si je le rencontre, je l'adopte !
Bonne semaine.

Martine 13/11/2018 19:42

Je te souhaite de croiser son chemin, Philippe! Bonne lecture!