Les quatre filles du docteur Moreau

Publié le par Martine

Les quatre filles du docteur Moreau

Quand j'ai su que l'écrivain Janine Boissard réactualisait la série qui a accompagné mon adolescence "L'Esprit de famille", j'ai été singulièrement émue. En effet ce roman qui vient de paraître chez Fayard ne signe pas vraiment le "retour" de cette saga (comme il l'est spécifié sur le bandeau de couverture de l'ouvrage) mais bien plutôt une transposition. La même histoire vécue à l'heure 2018. Il n'en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité. Comment Pauline et ses soeurs allaient-elles être, se situer, réagir, aimer dans notre époque actuelle qui n'est plus du tout celle qu'elle était dans les années 80?

Et bien je dois avouer que j'ai été très agréablement surprise. Car si l'histoire est sensiblement la même, une maison en banlieue parisienne "la Marette", un médecin le docteur Moreau, sa femme et leurs quatre filles Claire 22 ans, Bernadette 20 ans, Pauline 18 ans et Cécile 12 ans, de ce point de vue-là rien n'a changé, les situations et activités personnelles, de même que les préoccupations des quatre soeurs sont autres. Ou tout au moins semblent l'être.

Claire est toujours surnommée la "Princesse" mais poursuit à présent une carrière de mannequin. Bernadette est toujours le garçon manqué de la famille mais sa passion des chevaux s'est reportée sur les arbres. Cécile, la petite dernière, est toujours la petite peste au grand coeur, toujours surnommée la "Poison" par le reste de la famille qui appréhende toujours autant ses réparties et ses prises de position. Et Pauline, qui nous livre cette fois encore une année de l'histoire familiale, celle de ses 18 ans, de l'approche du bac et de son premier amour, reste toujours Pauline avec ses doutes, ses interrogations, ses peurs, son envie de mordre dans la vie à pleines dents tout en n'osant pas quitter le cocon familial trop tôt.  

Du côté des adultes, le docteur Moreau est toujours médecin généraliste. La grand-mère est toujours un peu fofolle, adorable et dynamique même si elle réside à présent dans une chic maison pour le 3e âge. Seule Mme Moreau s'est émancipée et, de mère au foyer, elle est devenue gérante d'une boutique de décoration à Paris. Et Pierre, lui, le premier amour de Pauline, oncle de sa meilleure amie Béatrice, est maintenant journaliste photographe reporter.

Oui, presque rien n'a changé à la Marette. Et j'ai envie de dire "tant mieux". Car ce que nous montre Janine Boissard, avec son talent habituel, sa façon si particulière de décocher les petites piques qui nous touchent et nous émeuvent toujours autant, c'est que les sentiments justement, les émotions ressenties, restent les mêmes et peu importe l'année à laquelle on les éprouve. 

Une tromperie reste une tromperie, un élan du coeur reste ce même élan, tout comme une caresse, une crainte, une appréhension, une envie.

Ce qui change, c'est ce qui nous entoure, ces objets du quotidien qui nous sont devenus indispensables alors qu'on n'imaginait même pas leur possibilité d'être il y a une ou deux décennies. Ce qui change aussi, c'est la vitesse à laquelle on est confronté sans cesse, cette vitesse à laquelle on doit s'adapter pour vivre ou tout au moins rester dans le rythme. Cette vitesse-même qui semble d'arrêter d'un coup, dès qu'on pousse la porte de la Marette et qu'on pénètre dans ce havre de paix et de bonheur familial, dans ce nid douillet qui enveloppe et protège contre ces agressions extérieures, quelles qu'elles soient.

Et je remercie Janine Boissard d'avoir su préserver cette authenticité,, ce "parler vrai" qui fait tant de bien quand tout contribue à nous faire nous sentir mal, pas adapté à cette époque, et qu'on nous pousse à oublier cet essentiel.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

MAnika 24/10/2018 15:00

ON ne peut pas dire elle a de l'idée cette Janine Boissard ... une auteure qui marche suer bien en bibliothèque mais que je ne crois pas avoir lue. merci pour ton avis

Martine 25/10/2018 11:02

Toujours avec plaisir! Merci et bonne journée, Manika!