La ferme des hautes-terres

Publié le par Martine

La ferme des hautes-terres

La ferme des hautes-terres, premier roman d'Isabelle Jailler, paru en 2010 et réédité chez De Borée fin 2017, c'est d'abord une couverture, un paysage de campagne qui s'étend à perte de vue entre valons et champs de fleurs. C'est aussi un premier roman et vous savez à quel point j'aime découvrir de nouvelles plumes, en particulier dans ce genre dit "de terroir" que j'apprécie tellement.

En ouvrant ce beau roman (un joli petit "pavé" de quelque 480 pages quand même!), je savais que j'allais passer un délicieux moment de lecture et je ne me suis pas trompée! Car, en plus des raisons que je viens d'évoquer, ce roman est celui d'une femme, l'histoire d'une vie au féminin, à une époque et dans une région assez difficiles. L'histoire d'une femme qui n'hésite pas à se battre pour ce qu'elle croit juste, pour ce qui est à elle, pour ce qu'elle a conquis et pour ce qu'elle veut pouvoir transmettre à son tour.

En ce mois de janvier 1930, Marie Morel, 21 ans, vient s'installer dans la ferme de Vincent Therre qu'elle vient d'épouser, contraignant ses beaux-parents à élire domicile dans la propriété voisine des Surdiaux. Ce qui crée déjà un premier motif de mésentente entre la jeune épouse et sa nouvelle famille. Heureusement, la grand-mère de Vincent, Joséphine dite "Gangan", de par son âge, reste avec les jeunes mariés et se prend d'affection pour Marie, rien que pour le plaisir de contrer sa propre belle-fille. 

Mais malgré ce soutien inattendu, Marie a bien du mal à s'habituer à sa nouvelle vie sur cette terre abrupte du Haut-Forez. Une région qu'elle découvre en hiver, ce qui n'est pas forcément la meilleure période pour en apprécier toutes les qualités. Et surtout les remarques acerbes sur son "incapacité" à vivre dans cette ferme que lui adresse la mère de Vincent mais aussi les disputes qui opposent sans cesse Vincent à ses parents, Baptiste et Marie-Luce, semblent avoir bientôt raison d'elle.

Cependant, plutôt que de baisser les bras et de subir en silence, Marie décide de se lancer dans sa propre fabrication de fromages et incite Vincent à la soutenir dans cette démarche, également nouvelle pour elle, en particulier pour la commercialisation de sa production dans cette région que Vincent connaît si bien. Et avec les naissances successives de leurs fils, Michel et Bernard, tout pourrait aller bien désormais. Sauf que rien n'est jamais gagné d'avance. La toux incessante qui accable Vincent depuis toujours se transforme en tuberculose et a raison de lui. Seule avec ses enfants, Marie va devoir rester forte pour eux, pour cette production qu'elle a créée et qui lui assure, bon an, mal an, leurs existences, et toujours pour montrer à sa belle-famille qu'elle est et a été la digne et heureuse épouse de Vincent. Et cela malgré les critiques, les "pièges" que lui tendent Marie-Luce et Baptiste, malgré leurs coups bas, et malgré la guerre...

Je vous l'ai dit, ce roman est un magnifique portrait de femme. Une femme soumise aux aléas de l'Histoire. Une femme en butte à l'incompréhension. Une femme qui doit s'imposer, faire front face à une hostilité qu'elle ne comprend pas (et qu'elle ne pourra jamais accepter même quand elle en connaîtra les causes). Une femme "dépaysée", comme déracinée, qui doit s'adapter à une région nouvelle. Une femme seule face à l'adversité. Et une mère qui se bat pour l'éducation de ses enfants, pour leur assurer une vie décente et qui ne renoncera jamais même quand tout l'y pousse.

J'ai aimé retrouver cette région du Haut-Forez où j'ai passé mes plus belles vacances estivales familiales, enfant,et où je suis retournée à plusieurs reprises avec ma propre famille plus tard. Je n'avais pas, de fait, le même regard que celui qu'y porte Marie à son arrivée mais je m'y suis "retrouvée" à de nombreux moments dans cette lecture dense, riche et magnifique portée par une belle écriture, authentique et sincère.

Isabelle Jailler, une auteure que j'aurais plaisir à relire.

La ferme des hautes-terres
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M
Rien que le titre me fait rêver ! Il faut que je me remette à lire de temps en temps un roman du terroir...j'en lisais beaucoup quand je travaillais et j'ai un peu laissé tomber ce genre littéraire maintenant que j'ai plus de temps. Merci pour ce partage et une bonne semaine
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M
J'ai découvert en rédigeant cette chronique que la ferme des hautes-terres existe vraiment... au Canada!!! A visiter un jour, peut-être!!! Merci Manou. Bonne fin de journée!
B
Une excellente chronique Martine ! Que ce livre doit être bien en effet !
Je te souhaite une agréable semaine à venir.
Gros bisous.
Bernadette.
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M
Oui, je l'ai vraiment beaucoup apprécié! Il est passionnant! Merci Bernadette et gros bisous
M
Belle découverte. merci du partage bon dimanche
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M
Merci Manika! Bonne semaine à toi!