Les folles années d'Ana

Publié le par Martine

Les folles années d'Ana

Ce roman, ce beau pavé de 425 pages signées Marie-Claude Gay pour le compte des éditions De Borée, c'est d'abord une couverture, magnifique, qui nous met de suite dans l'ambiance, dans cette atmosphère particulière des années d'après-guerre, ces années 1920, qualifiées d' "Années folles" auxquelles le titre de cet ouvrage adresse un clin d'oeil émouvant.

Ce roman, c'est celui d'Ana, de son histoire, de son destin. Ana, jeune fille d'apparence réservée, mais au tempérament frondeur, qui, en cette fin d'année 1918, vit avec son père derrière les montagnes de la Terre de Feu de cette province d'Ushuaïa en Argentine, qui rêve de découvrir ce qu'il y a au-delà, et encore plus depuis que sa mère a déserté le foyer familial. Le point fort d'Ana, c'est son coup de crayon, un talent pour le dessin qu'elle a hérité de son arrière grand-mère. Alors elle en use pour dessiner des modèles de robes, des accessoires, tout en rêvant de devenir une célèbre couturière.

Mais Ushuaïa est aussi le siège d'un bagne et le jour où Ana se fait agresser par un des prisonniers, elle n'a d'autre solution que de trouver refuge sur un cargo en partance pour la France. Et là, dans ce pays qu'elle a jusqu'à présent seulement imaginé, dans ce Paris qu'elle vient de rejoindre à la veille du 14 juillet 1919, Ana doit accepter le premier travail qui se présente pour survivre. Mais quand on est jeune et jolie, malgré un courage immense et une volonté farouche de s'en sortir, on est aussi une proie facile et l'objet de bien des convoitises. Ana l'apprend à ses dépens. Heureusement sa bonne étoile veille et va la mettre en présence d'un grand couturier. Est-ce là la fin de cette histoire?

On peut conter sur le talent de romancière de Marie-Claude Gay pour nous démontrer encore une fois que rien n'est jamais acquis, que chaque bonne nouvelle a son revers, que la vigilance doit toujours être de mise, et que, comme avait l'habitude de me dire ma chère grand-mère, "la vie c'est comme la roue d'une bicyclette, elle tourne. Quand tu es en bas, pense que tu vas remonter. Et quand tu es en haut, n'oublie jamais que tu vas redescendre!" Et Ana va en faire l'expérience cruelle et/ou heureuse. Nous offrant ainsi un roman passionnant, rythmé, où les rebondissements ponctuent allègrement les périodes d'accalmie apparentes. Pour notre plus grand bonheur de lecteur.

D'abord il y a ce départ brutal d'Ana pour la France, qui la contraint à abandonner non seulement sa grand-mère qui l'a élevée, une situation qui n'est pas sans lui rappeler la disparition restée inexpliquée de sa mère, mais aussi et surtout Volodia, le jeune homme russe qu'elle rêvait d'épouser et qu'elle a quitté, contrainte. Dans ce roman, Marie-Claude Gay évoque aussi sans complaisance la question des migrants. En débarquant en France, puis à Paris, seule, sans papiers, en situation complètement irrégulière, avec cette innocence qui est encore la sienne, Ana est la proie rêvée des rabatteurs pour les maisons closes. Obligée d'accepter les travaux les plus mesquins, la jeune femme ne doit son salut qu'à sa force de caractère qui se révèle dans toute sa beauté dans ce monde dur et quasi inhumain. 

Toutes ces épreuves l'aguerrissent et forgent sa personnalité, nous la rendant d'autant plus attachante même si, force est de reconnaître que, parfois, on aimerait bien lui ouvrir les yeux avant qu'il ne soit trop tard et qu'elle ne se brûle encore les ailes qu'elle tente de déployer malgré toutes les difficultés qu'elle doit affronter. Ana est et reste une belle personne, au propre comme au figuré, une femme qu'on aimerait être ou, tout au moins, rencontrer. 

Et puis il y a tout ce que Marie-Claude Gay nous invite à découvrir sur cette période qualifiée d'insouciante, dans ce Paris des Années folles, dans cette France d'après-guerre, ce pays meurtri qui veut oublier ces quatre années noires, de souffrance, et qui n'évite pas les excès. Loin de là.

J'ai terminé cette lecture il y a quelques jours déjà et Ana n'en finit pas de m'accompagner. Ce qui, pour moi, est preuve d'un roman réussi, d'une histoire poignante et d'une héroïne inoubliable.

Un récit haletant porté par une écriture forte et authentique, qui n'en oublie pas la sensibilité et comble notre appétit de lecteur! 

 

Les folles années d'Ana
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