Jeuditalie : Lecture commune

Publié le par Martine

Lacci (Les lacets)

Lacci (Les lacets)

Pour ce nouveau Jeuditalie, c'est la lecture commune proposée par Florence pour notre Mois italien que je partage à présent. Une lecture commune, faite à deux donc, du beau roman "Lacci" (dont la traduction donne : Les lacets) de Domenico Starnone. Un écrivain que je découvre peut-être, ou pas, puisque, lorsque Florence nous a invités à lire ce roman, elle a sous-entendu qu'il pourrait s'agir du même écrivain, dont l'identité est jusqu'à ce jour restée mystérieuse, auteure, entre autres, de la fameuse saga "L'amie prodigieuse", Elena Ferrante.

Toujours est-il que ce roman se déroule pour une grande part à Naples où vivent le couple formé par Vanda et Aldo et leurs deux enfants Sandro et Anna. Professeur universitaire, Aldo a l'impression d'étouffer dans ce mariage qu'il a contracté très jeune, à 22 ans, quand il annonce à Vanda qu'il s'est mis avec une jeune femme, Lidia, et qu'il veut passer du temps avec elle à Rome où elle vit et où il vient d'accepter un poste. 

C'est sur cette annonce que commence le récit dont la première partie se dévoile par la voix de Vanda, les lettres qu'elle écrit à Aldo, lui rappelant qu'elle seule est sa femme depuis 12 ans, qu'elle seule lui a donné deux enfants dont il doit aussi participer à l'éducation et qu'il ne doit pas abandonner comme il le fait avec elle. Dernière assertion qui, au départ, n'est pas dans l'intention d'Aldo qui ne se dit pas amoureux de Lidia mais seulement qu'il est bien avec elle. Pour lui, la nuance a son importance. Mais Vanda ne semble pas la comprendre et encore moins l'accepter. Et d'autant plus que dans ces années 70, Aldo est le seul à pourvoir aux revenus de la famille. Vanda ne travaille et se voit contrainte d'accepter différents petits boulots tous plus mal payés les uns que les autres.

La deuxième partie du roman, relatée par Aldo, nous fait faire un bond dans le temps et on retrouve Vanda et Aldo, âgés, mariés depuis plus de 50 ans, prêts à partir une semaine en vacances. Malgré deux événements apparemment isolés, leurs vacances se passent bien mais, à leur retour, ils ont la désagréable surprise de découvrir que leur appartement a été cambriolé et saccagé pendant leur absence causant même la disparition de leur chat, Labes, raccourci de "la bestia" (la bête). Après avoir déposé plainte, le couple essaie de récupérer ce qui peut encore l'être. Ce qui amène Aldo à retrouver les lettres que lui a écrites Vanda lors de leur séparation qui a duré 4 ans, entre 1974 et 1978, et à revivre ces années en y apportant son propre vécu et toutes les émotions ressenties alors.

C'est Anna qui termine ce récit dans une troisième partie qui laisse la part belle aux enfants, devenus adultes chacun à sa façon. Anna qui n'a jamais pu s'attacher très longtemps à un homme. Anna qui n'était qu'une fillette de 4 ans quand son père a déserté le foyer familial. Anna qui a interprété la situation dans les mots et les comportements de sa mère d'abord, de son père ensuite et qui s'est longtemps (toujours?) interrogée sur les raisons qui les ont poussés à revivre ensemble comme si rien ne s'était passé, n'y faisant jamais allusion et vivant côte à côte comme deux personnes bien élevées, polies, faisant attention l'une à l'autre et laissant planer entre eux des non-dits lourds de conséquences, révélant certains aspects de leurs personnalités (et particulièrement celle de Vanda) loin de ce que les apparences, ces fameuses apparences à sauvegarder, laissent supposer de prime abord!

Cette lecture a été pour moi une surprise très agréable, un de ces romans que j'apprécie de temps en temps, qui permettent de réfléchir et de s'interroger et offrent une analyse des caractères et d'une époque donnée des plus intéressantes et pertinentes. J'ai aimé l'écriture très agréable à lire, la présentation-même du roman en trois parties, permettant d'avoir trois points de vue pour accompagner notre jugement. La situation des femmes dans ces années 70, encore très dépendantes des hommes, y est clairement évoquée sans parti pris de même que la libération des moeurs post 68, encore à ses balbutiements, qui provoque bien des bouleversements que les couples n'étaient pas forcément prêts à accepter.

Un belle découverte que ce roman vers lequel je ne serais pas forcément allée sans la proposition de Florence que je remercie et dont je vous invite à lire la chronique ici

Jeuditalie : Lecture commune
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Mimi 31/05/2019 09:20

Même si le thème est plutôt conventionnel, j’aime beaucoup le découpage de l’histoire et l’intervention des trois personnages. A découvrir donc !

Martine 31/05/2019 11:50

J'ai vu chez Florence que sa traduction allait paraitre en France. A surveiller donc. Bonne journée, Mimi!