Metella

Publié le par Martine

Metella

Une très bonne nouvelle en ce lundi avec la réédition chez Des femmes Antoinette Fouque, édition Eve Sourian, de ce recueil regroupant cinq nouvelles écrites et publiées par la romancière George Sand au début des années 1830 "La Marquise", "Lavinia", "Metella", "Mattea" et "Pauline". 

Ce volume conséquent nous permet de porter un regard autre sur ce genre littéraire qu'est la nouvelle, auquel, comme tant d'autres, s'est adonnée l'écrivain en ce XIXe siècle avant de publier ses premiers romans et même avant que Maupassant ne lui apporte ses lettres de noblesse.

Ce recueil se présente d'abord par une présentation générale de la situation sentimentale et personnelle de George Sand, le regard qu'elle porte sur la situation des femmes à cette époque et ce qu'elle en transmet dans chacune de ces cinq nouvelles titrée par un prénom de femme. Chaque nouvelle est ensuite dévoilée avec sa propre préface resituant son contexte d'écriture et social.

Je m'attarderai en ce lundi plus en détail sur la troisième "Metella" peut-être parce qu'elle se déroule pour sa première partie en Italie, aussi parce que cette femme, Metella, a des origines mi-italiennes, mi-anglaises et également parce que c'est celle qui m'a le plus interpellée, les quatre autres se ressemblant assez par certains aspects.

Cette nouvelle se présente en deux parties. La première met en scène le comte de Buondelmonte qui, au hasard d'un malencontreux accident de calèche, se trouve "dépanné" par le jeune et fringant Olivier, qui ne tarde pas à lui révéler l'attirance qu'il éprouve pour la belle Lady Metella Mowbray sur des propos entendus en salons, sans toutefois l'avoir jamais rencontrée et sans se douter un instant que celle-ci est la maîtresse en titre du comte.

Or il se trouve aussi que Lady Mowbray atteint l'âge canonique des 30 ans et que sa beauté commence à se faner, créant un certain éloignement de la part du comte qui profite de cette situation inattendue pour pousser Olivier dans les bras de Metella et activer ainsi une séparation qu'il appelle de tous ses voeux. Ce qui ne l'empêche cependant pas de se trouver partagé à chaque fois qu'Olivier vante la beauté et les qualités de Metella alors même que celle-ci doute de plus en plus de ses pouvoirs de séduction, souffrant de l'éloignement que le comte lui impose de manière implicite. La rupture est pourtant consommée.

La deuxième partie se consacre à Metella et Olivier qui ont trouvé refuge en Suisse pour protéger leur amour tout neuf. Ils coulent ainsi des jours paisibles et harmonieux lorsque Metella est appelée à aller chercher sa nièce Sarah, fille de son frère décédé, au couvent où elle est élevée et où elle se languit. Evidemment la jeune fille est aussi belle que le fut Metella dans sa jeunesse et possède en plus l'innocence et la candeur que Metella n'a plus. Et si dans un premier temps Olivier ne semble pas s'en apercevoir, au bout de quelques mois, les choses changent imperceptiblement, au grand désarroi de Metella qui s'en veut d'éprouver cette jalousie bien légitime envers Sarah qui, inconsciemment, lui renvoie l'image de ce qu'elle ne sera jamais plus. La fin de cette nouvelle pourrait sembler très convenue et pourtant, et en cela George Sand nous révèle sa parfaite maîtrise du genre, elle nous surprend complètement.

Ce que j'ai aimé à la lecture de ces nouvelles en plus de leur qualité d'écriture évidente, c'est toute cette reconstitution, cette découverte du poids des institutions, des règles de vie en société qui pèse sur les femmes (dont on n'a pratiquement plus conscience aujourd'hui en France). Toute cette lourdeur conventionnelle, cette morale, cette bienséance, ce carcan auquel les femmes devaient se conformer au risque de passer pour légères et ruiner leur réputation. 

A cela s'ajoute également cette notion d'âge, qu'il faut cacher et avec lequel les femmes devaient ruser pour ne pas montrer son avancée et ne pas se trouver reléguer à "faire tapisserie". Une notion toujours d'actualité elle par contre aujourd'hui si on en croit nos magazines féminins.

Une excellente découverte que ce recueil "Nouvelles" de George Sand et une très bonne nouvelle à découvrir en ce lundi!

Metella
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