Il passo dell'anatra

Publié le par Martine

Il passo dell'anatra

Lire un recueil de nouvelles ayant le foot, il calcio italien, en thème commun et principal est déjà assez étonnant pour moi. Mais quand ce recueil m'offre une nouvelle qui me confronte à une histoire à la fois sordide et bouleversante, je sais que celle-ci est non seulement très bonne mais surtout excellente et que j'ai rudement bien fait de commencer cette lecture. Car n'est-ce pas aussi ce qu'un lecteur attend d'un livre, d'une histoire, roman ou nouvelle, qu'elle le divertisse mais aussi qu'elle l'instruise? Et là, avec cette nouvelle signée Gian Mauro Costa, je peux dire que cet objectif est largement atteint.

Ce recueil collectif, c'est "Il calcio in giallo" (le foot en jaune (notre "noir" à nous côté français) paru chez Sellerio editore Palermo, maison que je ne présente plus! Et la nouvelle de Gian Mauro Costa est titrée "Il passo dell'anatra" (l'étape du canard).

On y retrouve l'ex-électrotechnicien devenu détective à Palerme, Enzo Baiamonte, un des personnages récurrents de Costa. Depuis ses plus jeunes années, Enzo n'a jamais aimé le foot. Mais, pour ne pas se différencier de ses copains et collègues, il a feint d'être lui aussi passionné par le ballon rond, allant même jusqu'à se créer une véritable attention portée à l'équipe régionale d'une petite commune proche de Catane. 

Aussi lorsque son ami policier Filippo Inguaggiato lui propose d'assister au match de l'équipe de son neveu (et également fils d'une cousine de Rosa, sa fiancée couturière) il ne peut pas refuser. Sauf qu'il s'ennuie mortellement. Et qu'il ne peut pas s'empêcher d'analyser les comportements des uns et des autres. Et lorsque quelques jours plus tard, son copain Lo Cascio lui apprend que son équipe favorite va rencontrer celle que feint de suivre Enzo et lui propose d'aller voir ce match ensemble, il est bien obligé d'accepter aussi.

Et les voilà partis tous les deux, riches des paninis que leur a préparés Rosa. S'étant trompés de route pour arriver au stade, ils sont contraints de traverser un quartier défavorisé et notamment une rue où s'exhibent des jeunes femmes et même des jeunes filles, prostituées en quête de clients. L'une d'elle en particulier retient l'attention d'Enzo pour son très jeune âge et le tatouage, ou ce qui y ressemble fort, qu'elle a sur l'épaule. Un dessin curieux que Baiamonte est persuadé d'avoir déjà vu. 

Aussi dès le lendemain, toujours porté par cette curiosité et ce besoin de trouver une explication à ce qui l'intrigue, il se rend au commissariat où travaille son ami Inguaggiato et lui demande de visionner les vidéos réalisées lors des derniers matchs de foot joués à Palerme. Et de fait son intuition ne le trompe pas. L'étrange pas de canard exécuté par un joueur avant de marquer va alors permettre à Enzo de mettre à jour un terrible trafic de jeunes migrants africains, Nigérians en l'occurrence, exploités pour leurs qualités sportives footballistiques pour les jeunes hommes et versées dans la prostitution pour leurs compagnes, mères ou soeurs...

J'ai aimé cette nouvelle pour l'atmosphère qu'elle dévoile et pour les réflexions (que je partage) d'Enzo sur le foot et sa pratique. Mais surtout j'ai apprécié le rythme imposé à cette histoire. Une bonne première partie consacrée aux matchs disputés par de petites équipes en opposition à ceux joués par les grands clubs, le tout vu d'un oeil réaliste et plein d'humour. Et cette partie, dramatique, bouleversante qui d'un coup accélère le rythme et nous conduit d'une main ferme à cette fin sauvée in extremis par une nouvelle pointe d'humour exprimée envers Enzo Baiamonte, définitivement en rupture avec l'univers du ballon rond.

 

 

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