Premières lignes : L'été des charognes

Publié le par Martine

Premières lignes : L'été des charognes

Première lecture faite pour le Prix littéraire de La Passerelle et ... quelle lecture! 

Ce roman, car je veux croire de toutes mes forces qu'il s'agit bel et bien là d'un roman, m'a bouleversée à un point que je ne saurais dire. Et si j'ai fait un peu la fanfaronne samedi matin dernier lors de sa présentation, allant jusqu'à dire, au vu de ses quelque 140 pages, que sa lecture serait l'affaire de deux ou trois heures, eh bien, ce roman m'a rabattu mon caquet. Car, certes, je l'ai lu rapidement mais en l'entrecoupant de quelques pauses et d'une autre lecture pour souffler, respirer avant de poursuivre, tenue comme je l'ai été par son propos et tout ce que cette histoire véhicule et nous transmet. Il parait que c'est le premier roman de Simon Johannin, que cet écrivain est jeune, a des allures de voyou qu'on craindrait de rencontrer le soir au coin d'une rue. C'est, du moins, ce que nous en a dit François, bibliothécaire, samedi matin. Je ne sais pas si c'est vrai...

Ce que j'ai compris en lisant ce roman paru aux éditions Allia, ce que je sais à présent que je l'ai lu, c'est que son auteur est très prometteur. On sent sous son écriture une puissance, une force, un réalisme rare, un regard sans concession, une intransigeance terrifiante et en même temps une sensibilité, une émotion et une humanité comme je l'ai rarement ressentie.

Cette histoire, c'est par la voix d'un enfant qu'on la découvre, un jeune garçon de 10-12 ans, peut-être moins, peut-être un peu plus, ça n'a pas vraiment d'importance. Ce qui compte, c'est où il vit "à la Fourrière, un village de nulle part" et comment il vit, dans la misère sociale qui pèse sur cet endroit sordide en y associant ses instincts (et ceux de son entourage) les plus vils, les plus bas et cette part de beau, cette humanité qui surgit sans qu'on s'y attende et nous rend cette lecture si attachante et incroyablement bouleversante.

A tel point que je ne sais pas, je cherche depuis hier mais je ne vois pas comment vous parler au mieux de ce roman sans oublier le principal, ou passer simplement à côté.

C'est pourquoi, j'ai choisi, tout comme nos bibliothécaires samedi dernier, de vous en présenter les premières lignes et ainsi de participer à nouveau au rendez-vous de Ma lecturothèque.

"on marchait sur le bord de la route quand on est tombés dessus, ça faisait déjà quelques jours qu'on le cherchait. Il s'était barré après ça, comme si tout de suite il avait senti que ça allait chier pour lui. Il parait qu'ils peuvent sentir ce genre de chose les chiens, en tout cas lui il avait bien senti.

C'est Jonas qui l'a vu en premier, il était en train de fouiller dans les feuilles avec sa truffe juste à l'entrée du champ qui part sur la gauche de la route, celle qui mène au hameau qu'on habite tous les deux.

On l'a fait venir un peu plus loin jusque dans la remise avec la grille accrochée au plafond qui servait avant à faire sécher les châtaignes dans le bois avec les grands hêtres. Il voulait pas entrer dans la remise alors on l'a frappé bien fort dans la gueule avec un bâton pour qu'il y aille et il a couru se mettre au fond contre le mur.

Nous on s'est tous les deux mis derrière lui, la porte était très basse et il y avait des feuilles mortes partout sur le sol. On y voyait pas grand-chose parce que Jonas et moi on cachait la lumière du jour qui entrait derrière nous, si bien que le chien il a dû voir que nos ombres se pencher et ramasser les pierres au sol et les lui jeter bien fort en plein sur sa tronche de con. ( ...)"

 

 

Premières lignes : L'été des charognes
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PatiVore 16/01/2018 20:01

J'ai adoré mais... quelle claque !!!
https://youtu.be/RrUFJgk1yoI

Martine 18/01/2018 08:36

Complètement!