L'enfant rebelle

Publié le par Martine

L'enfant rebelle

De Christian Laborie, j'ai lu l'été dernier "Les Rochefort" également paru dans la belle collection des Terres de France des Presses de la Cité. De cette famille de la haute bourgeoisie cévenole ou de celle de Vincent Janvier, petit orphelin adopté par la famille Rouvière, paysans aisés dont les terres jouxtent celles des Rochefort, il en est aussi question dans ce roman, mais par allusions, par rappels de ce qui fut et aurait pu, aurait dû être.

"L'enfant rebelle", ici, c'est bien Raphaël, nourrisson déposé par sa mère Adèle Vigan, jeune femme d'à peine 17 ans, dans ce même orphelinat des Soeurs de la Charité de Nîmes où Vincent Janvier fut recueilli pratiquement à la même date en ce début janvier 1898. Mais si Vincent fut adopté quelques années plus tard et vécut sa prime enfance dans cette institution, il n'en fut pas de même pour Raphaël, emmené à peine quelques jours après son abandon par le couple de rudes paysans formé par Pierrette et Albert Simon. Une adoption plus ou moins imposée par Albert à son épouse qui ne peut lui donner d'enfant et encore moins le fils qu'il souhaite pour prendre sa suite à la ferme. C'est pourtant là, dans ce foyer qui n'en porte que le nom que Raphaël va vivre la pire des enfances, misérable, malheureuse, rythmée par les lourdes charges de travaux dont son "père" l'accable, ne trouvant d'affection que dans les tendres moments qu'il partage avec sa Mamé Augustine, mère de Pierrette.

Une enfance malheureuse, une jeunesse qui ne vaut pas mieux, et un jeune homme rageur, avide de vivre, de fuir cette ferme à jamais maudite et de découvrir le vaste monde où, il en est persuadé, il sera toujours plus heureux. Mais un destin qui s'acharne. Des retrouvailles avec sa mère naturelle, Adèle, qui tournent au cauchemar. Un enfermement pire encore que ce qu'il a précédemment vécu. Et toujours, toujours, cette méprise, commise par Soeur Angèle, qui plane au-dessus de lui. Parviendra-t-il à l'entendre? à l'accepter? Saura-t-il pardonner? Et, plus que tout, parviendra-t-il à trouver l'apaisement, voire le bonheur?

En quelque 500 pages et trois parties "Adèle", "La Méprise" et "La Revanche", Christian Laborie nous offre un roman poignant, bouleversant et d'une grande beauté. Beauté de ces paysages des Cévennes qu'on ne se lasse pas d'apprécier, d'admirer. Beauté de l'écriture de l'écrivain qui parvient toujours à trouver le mot juste, les mots qui nous touchent, les mots qui nous émeuvent. Beauté de cette belle langue qui nous ramène à nos racines, qui éveille avec douceur et délicatesse notre sensibilité sans jamais susciter la moindre sensiblerie.

Avec cette histoire, intimement liée à celle des "Rochefort", Christian Laborie nous montre ce que le destin peut avoir de plus ironique et de plus cruel à la fois. Et nous fait pointer du doigt notre impuissance à agir sur ces lignes de vie qui semblent tracées d'avance. J'ai retrouvé dans cette lecture des émotions ressenties il y a quelques années lorsque j'avais lu "L'enfance perdue" de Marie-Paul Armand, paru aussi dans cette collection des Terres de France. Des situations incroyables de nos jours et qui pourtant ont rempli la vie de tant d'enfants, de jeunes sans que cela ne surprenne ou interpelle. Je pense que c'est ce qui me rend cette lecture si précieuse et qui apporte son authenticité, sa part d'humanité à ce roman magnifique "L'enfant rebelle".

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Binchy 03/12/2015 21:15

J'aime beaucoup lire Christian Laborie et je suis entièrement d'accord avec ton ressenti.
Douce soirée à toi et à très bientôt Martine.
Je t'embrasse très fort.
Bernadette.

Martine 05/12/2015 10:56

:-) Merci Bernadette!

Binchy 04/12/2015 19:25

Une collection que j'aime aussi "très beaucoup" Martine !
Douce soirée à toi et très très bon week-end.
Gros bisous.
Bernadette.

Martine 04/12/2015 07:57

C'est un excellent roman. Et en plus dans la collection des Terres de France que j'aime beaucoup! Merci Bernadette! Bon vendredi et gros bisous

Philippe D 01/12/2015 21:03

Je l'ai lu il n'y a pas très longtemps mais je ne me souvenais déjà plus de l'histoire.
En te lisant, je me souviens...
Les Rochefort, je n'ai pas lu. Un jour peut-être....

Martine 02/12/2015 07:59

Le point commun entre L'enfant rebelle et Les Rochefort sont les deux enfants adoptés. Chaque roman se lit indépendamment. Bonne journée, Philippe! Et merci